La harpe
Du 16 au 19è siècle
A cette époque, la harpe ne peut pas effectuer facilement de modulations.
Différents moyens sont inventés pour produire des demi-tons. Par exemple, en Espagne,
le harpiste exerce une pression à l'extrémité de la corde pour hausser le ton.
Des harpes à double ou triple rangées de cordes sont aussi fabriquées, afin d'obtenir plus de notes dont
les demi-tons.
En Italie, c'est la harpe doppia, harpe à double rangée de cordes, que l'on retrouve dans
l'orchestre, dans Orfeo de Claudio Monteverdi (1607).
Vers 1660, au Tyrol, la harpe à crochet est inventée.
Des crochets sont fixés sur la console de la harpe en dessous des sillets.
Le harpiste, bascule ainsi manuellement le crochet pour raccourcir la corde et la hausser d'un demi-ton.
Cette technique ne se révèle pas merveilleuse puisque le fait de serrer la corde la fait sortir du plan
des cordes, de plus le harpiste ne peut plus jouer de la main gauche lorsqu'il manipule un crochet.
La harpe simple mouvement
Vers 1720, la harpe à pédale fut inventée par le harpiste et luthier bavarois Jakob Hochbrücker
pour remédier à ces problèmes de manipulation. Les pédales sont placées à la base de la harpe et
reliées par un système de tringles passant par la caisse de résonance à la console, où se trouvent
fixés les crochets. Un peu plus tard, les tringles seront placées dans la colonne. En enclenchant une pédale,
on actionne ainsi les crochets correspondant à la note.
Cette harpe était munie de 5 pédales, correspondant aux
notes Do, Ré, Fa, Sol, La. Elle permettait de jouer dans 6 tonalités majeures et 3 tonalités mineures.
Mais rapidement, le nombre de pédales passa à 7 placées ainsi : Ré, Do, Si à gauche, Mi, Fa, Sol, La à droite. La harpe est accordée en Mi b Majeur. Elle permet 8 tonalités majeures et 6 mineures.

Emplacement des pédales sur le socle
Simon, le fils de Jakob Hochbrücker, présenta la harpe de son père à Vienne en 1729,
et dix ans plus tard à Bruxelles. Il fallu attendre 1749 pour qu'une harpe similaire fut jouée à Paris
par le harpiste allemand Gaiffre Goepfert (qui revendiquait lui aussi l'invention de la harpe à pédales).
De nombreux harpistes et facteurs de harpes vinrent s'installer à Paris, et plusieurs améliorations
du mécanisme furent tentées. En effet, les cordes étaient tellement serrées par les crochets qu'elles
sortaient du plan des autres cordes, cassaient et produisaient un son étouffé. Pour remédier à ces inconvénients,
Georges Cousineau et son fils Jacques-Georges inventèrent le système à béquilles.
Ils remplacent les crochets par des pièces métalliques, munies de deux sillets mobiles en forme de béquilles,
ils saisissent la corde sans la déplacer. Cependant, les cordes cassaient encore très souvent.
De plus, le nombre de tonalité possible est encore limité, la famille Cousineau inventa donc une harpe à 14 pédales !
Deux rangées de 7 pédales placées l'une en dessous de l'autre, furent placées dans le socle pour obtenir tous les demi-tons. Mais ce système ne fut pas convaincant.
Vers 1790, Sébastien Erard, eut la brillante idée de remplacer les béquilles par des fourchettes. La fourchette est composée de deux petites dents cuivrées montées sur un disque. Lorsque que la pédale est enclenchée, l'axe tourne et les dents serrent les cordes, d'une manière ferme, l'altérant d'un demi-ton.
![]() |
![]() |
Harpe 41 cordes simple mouvement, Erard Frères, Paris, 1799 |
|
La harpe double mouvement
Vers le début du 19ème siècle, Sébastien Erard poursuivit ses recherches afin que la harpe puisse
moduler dans toutes les tonalités. Il invente alors la harpe double mouvement.
Opérant avec la même fourchette que la harpe simple mouvement, l'instrument double mouvement
d'Erard utilise la tonalité de Do bémol pour accorder les cordes à vides et possède 43 cordes et sept pédales,
logées dans la socle à la base de la harpe, chacune pouvant être enclenchée deux fois.
Chaque corde passe entre deux disques fixés que la console, placés l'un en dessous de l'autre.
Lorsque la pédale est enclenchée dans sa première encoche, le disque du dessus tourne pour que la fourchette
serre la corde et la hausse d'un demi-ton (position bécarre).
Lorsque la pédale est enclenchée dans sa deuxième encoche (la plus basse), le disque du dessous tourne, la fourchette raccourcit la corde et la hausse ainsi encore d'un demi-ton (position dièse).
Chaque corde peut ainsi être altérée deux fois. Exceptée les deux cordes les plus graves et la plus aigue qui n'ont
pas de fourchette. La harpe peut jouer dans toutes les tonalités possibles, il suffit de positionner les
pédales dans les encoches correspondantes.
Entre 1811 et 1835, Sébastien Erard fabriqua environ 4000 harpes double mouvements,
toutes décorées. En 1835, Pierre, le neveu de Erard sortit un modèle plus grand, comportant 46 cordes.
Les cordes graves sont recouvertes par du métal, les autres sont en boyau.
Il existe néanmoins encore quelques limites; d'une part lorsque l'on enclenche une pédale,
toutes les notes du même nom sont altérées. Par exemple, en passant la pédale du Fa au dièse,
tous les Fa de la harpe deviennent dièses. Si l'on veut jouer Fa dièse en même temps que Fa bécarre,
il faut avoir recours aux enharmonies, c'est-à-dire aux notes qui ont le même son comme ici Sol bémol
pour Fa dièse et Mi dièse pour Fa bécarre. D'autre part, les altérations accidentelles se passant avec les pieds,
on ne peut pas altérer plus de deux notes à la fois. C'est pour cette raison que les chromatismes ne sont pas
très facilement réalisables à la harpe.






